Compte-rendu de la première audition McDo

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Compte-rendu de la première audition McDo

De gauche à droite Kamel Guemari (syndicaliste), Prune Helfter-Noah (candidate LFI aux européennes), Leïla Chaibi (candidate LFI aux européennes), Mohamed BenSaada (SQPM)

Mohamed Bensaada, président du syndicat des quartiers populaires de Marseille

La lutte du McDo, une lutte des quartiers populaires. Il y a un an, Mohamed a été contacté par Kamel Guemari qui sollicitait le soutien du SQPM dans le cadre de la mobilisation au McDo de St Barthélémy. La lutte au McDo est une lutte des quartiers populaires. Les salariés sont des habitants du quartier. McDo est constitutif de la vie du quartier. D’abord en tant que lieu de travail. Et surtout parce que le fait d’être salarié chez McDo permet à un certain nombre de jeunes de mettre un pied dans l’étrier de la vie. En offrant la possibilité d’être salarié et d’avoir un contrat de travail McDo permet aux habitants de construire leur vie. À la fois outil de torture et lieu d’émancipation, paradoxe qui s’apparente à la condition ouvrière d’il y a plusieurs décennies. Mohamed souligne « l’intelligence dans la convergence » de la lutte menée par Kamel Guemari et ses collègues. La recherche constante de soutiens et d’alliances, la « main tendue permanente » ont énormément pesé dans l’efficacité du mouvement. Pour rappel la « Fête de la dignité » organisée par les salariés du Mcdo avec la participation d’un représentant de la Mairie centrale, de Samia Ghali, du PCF et de Sophie Camard (FI). Il s’est agi d’un coup stratégique important.

Les salariés ont également toujours cherché l’impact maximum au niveau médiatique. Une stratégie qui a porté ses fruits puisque le restaurant est toujours ouvert alors qu’il devait fermer ses portes le 7 août dernier.

Le système de franchise.

Le système de franchises, en plus de permettre de camoufler des bénéfices, est un outil d’assujettissement des salariés. Le McDo St Barthélémy est une exception du point de vue de l’ancienneté des salariés, certains étant là depuis 27 ans. Les luttes ont permis d’installer un modèle social qui limite le turnover, avec de nombreux acquis sociaux, dont les salariés revendiquent qu’ils soient généralisés à l’ensemble des restaurants McDonald’s. Le système de franchise est un frein à la généralisation de ce modèle social et surtout il est utilisé pour généraliser le moins disant social en permettant de mettre un coup d’arrêt aux acquis sociaux obtenus. En effet tous les 4 à 5 ans les franchisés s’échangent les restaurants franchisés entre eux pour remettre à zéro les acquis sociaux obtenus. Cela permet de développer une « précarité ad vitam eternam ».

Kamel Guemari, responsable syndical FO McDo Saint Barthélémy

Kamel est salarié de McDo depuis 1998 soit plus de vingt ans. Parcours scolaire chaotique avant son embauche à McDo, décide de candidate chez McDo car à besoin d’argent. McDo devient un moyen pour lui de remettre le pied à l’étrier, d’accepter l’autorité et les codes sociaux liés au monde du travail. Le syndicalisme devient rapidement un moyen d’apprendre à apprendre ses droits. Au départ un seul franchisé possède les 24 restaurants McDo de Marseille, ce qui représente 250 salariés. Le combat syndical permet d’obtenir une prime trimestrielle. Rapidement les salariés se rendent compte que la prime est utilisée de façon perverse par le patron qui les octroie à son bon  vouloir et de façon arbitraire et en cela elle est un outil d’asservissement. Alors Kamel et ses collègues se mobilisent pour obtenir à la place un 13e mois pour tous les salariés. Victoire. S’ensuit une bataille pour le paiement des heures de nuits, reliés à la question de l’échec scolaire chez les étudiants salariés. Également un combat pour le paiement du taxi pour les salariés après 22h (car pas de bus), ainsi qu’une participation aux bénéfices. Victoires sur tous ces points. C’est alors que Monsieur Mohamed Abassi récupère en franchise 3 des 24 restaurants McDonald’s de Marseille. Il dénonce à son arrivée les accords passés donnant lieux aux acquis sociaux et parvient à les casser au bout de 24 mois en tant que dirigeant de la franchise. Une logique de dumping social se met alors en place vis à vis des 17 autres restaurants. Les salariés des 17 autres restaurants perdent dans un premier temps l’arbre de Noël, et réalisent qu’ils risquent de peu à peu perdre leurs avantages acquis. Ils décident alors de bloquer un centre d’approvisionnement de McDo ce qui donne lieu à 215 McDo en rupture de stock. Cette lutte permet d’obtenir la contractualisation du 13e mois, de la prime de participation aux bénéfices, de la mutuelle et d’autres avantages. Les acquis sont désormais intégrés aux contrats de travail ce qui permet de sécuriser les salariés des 17 restaurants. Kamel et ses camarades décident alors de prendre contact avec d’autres salariés d’autres McDo ailleurs en France (contact avec Rouen à ce moment là) avec la volonté de propager dans d’autres villes leurs victoires locales. « Les hamburger ont le même goût à Paris, Marseille ou Rouen. Les big Mac sont fait de la même manière. Les salariés fournissent le même effort et le même travail. Alors il est normal qu’on soit traités pareil ». Le franchisé des 17 restaurants McDo est jugé trop light par la direction de Mcdo France. Un remplaçant est alors envoyé : Brochiero (responsable actuel de la franchise du McDo saint Barthélémy). Brochiero annonce à son arrivée que tous les accords passés tombent à l’eau. problème : étant donné que les acquis sont contractualisés, pour faire disparaître les avantages sociaux, il faut faire disparaître les salariés eux mêmes. Donc attaques contre les salariés.

Au final il ne reste que 6 restaurants avec avantages. Dont le McDo de saint Barthélémy. Aussi volonté de McDo france de faire exploser ce restaurant, d’où l’apparition d’un montage financier bidon avec le projet de remplacer le McDo par un restaurant asiatique halal. Alors que McDo saint Barthélémy a bénéficié d’aides de l’état’ de tva à taux réduits, des dispositifs pour les zones franches, du CICE. Aucun salarié n’arrive à la retraite dans le restau. Au McDo de saint Barthélémy les salariés ont réussi à améliorer le modèle social. Un travail d’insertion sociale et professionnelle a été mené pour accompagner des jeunes en échec scolaire ou en délinquance (dont détenus juste sortis de prison) vers des formations ou d’autres métiers lorsqu’ils n’avaient pas la possibilité de construire un plan de carrière au sein de McDonald’s. Concernant l’évasion fiscale, McDo déclare à Marseille une perte de 400 000€ par magasin alors que 3 millions d’euros sont transférés aux filiales extérieures. « Des montages pour déguiser la mariée et pomper l’argent ». Par exemple un faux pôle formation qui permet à McDo de récupérer 400 000€ par salarié.

Prune Helfter Noah, candidate FI aux européennes

McDo est l’expression du capitalisme voyou. Ce que les salariés appellent « avantages acquis » sont des droits. Le taux de profit de McDo est de 18% ce qui est énorme. Cela est possible pour l’entreprise en empochant tout ce qui est possible de la part de la puissance publique (notamment le CICE). C’est possible aussi en achetant les marchandises au prix le plus bas possible (boeuf, pomme de terre les moins chères…). C’est possible également en tirant vers le bas les salaires et sans payer ses impôts.

Les franchises permettent d’éviter de compter comme une grande entreprise et de donner plus de droits aux salarié·e·s comme la participation aux bénéfices ou les droits syndicaux. En 2018, la Commission européenne a enquêté et conclu que McDo ne paie pas tous ses impôts, mais qu’il n’y a pas de fraude. Voilà l’Europe d’aujourd’hui. 

Tony, salarié de McDo

Raconte les méthodes d’intimidation dont il a été victime (très violentes), menaces et agressions. 19 jours d’ITT. Le sentiment d’impunité de la part des franchisés et de Abassi (une plainte est en cours contre Abassi). Des agents de sécurité font aussi les hamburgers et les frites (ce qui est illégal car convention collective sécurité et restauration n’a rien à voir). Mcdo se sert de ses franchisés pour faire le sale boulot, quand on de l’argent on arrive à faire un tas de choses.